.
. .A. Alpiniste de la tristesse, ne cessant pas de grimper. Elles sont ce drapeau que je plante sur chaque nouveau sommet. Je les sens qui descendent en rappel le long de mes joues. Les jours où je me souviens que rien ne vaut vraiment le coup. Et lorsque l'une d'elles s'écrase à la commissure de mes lèvres. J'écarte sèchement son cadavre d'un revers de la main. Ce goût amer ne me quitte plus donc le saler ne sert à rien. J'aurais voulu être chercheur, inventer le premier antalgique pour le coeur. Faire en sorte que son effet soit illimité. Ne plus souffrir, ne rien sentir, être à l'abri. A l'instar de tous ces gens qui peuvent se mentir à eux mêmes. Alors ça va ? Oui, très bien, je n'ai aucun problème. Mais je ne serai pas chercheur puis qu'orienté en Première L. Il y avait 23 filles dans ma classe mais aucune n'était très belle. Pendant longtemps pour être heureux je me contentais de croiser le regard de mon amoureuse l'espace de quelques secondes. Je n'osai jamais lui parler, de peur qu'elle me réponde. De toute façon de par mon imagination nous étions amoureux l'un de l'autre, ensemble tout allait bien. Jusqu'au jour où mon imagination ne put pas m'expliquer qui pouvait être ce garçon qui lui tenait toujours la main. J'ai glissé du lycée vers la vraie vie, lassé que mes envies ne prennent jamais corps. A force, on devient mort. Elles descendent en rappel lorsque j'oublie que des choses blessent. Je connais bien des vertiges des alpinistes de la tristesse. Elles partent en emportant ce que je n'arrive plus à porter. Un jour un arbre se mit à pousser dans mon Papi. Les racines enfoncées dans son foie, je ne suis pas surpris. Qu'au bout des branches il puisse y avoir des bouteilles de whisky. Au fur et à mesure que les branches de l'arbre poussaient. Les organes vitaux de Papi commençaient à être transpercés. Il est des arbres que les médecins ne savent pas élaguer. C'est ainsi que mon Papi finit par être débranché. Et toi, quel fruit vas-tu cueillir sur l'arbre à maladies ? Ne sois pas stupide comme moi, n'attends pas de croquer dedans pour regretter de ne pas avoir su apprécier certains instants. C'est quand je les appelle et qu'elles ne font rien que je comprends. Que quelque chose en moi est déjà brisé, irrémédiablement. Souvent frustré par leur absence, c'est mal mais je compense. Des sanglots rouges éclatent le long de mes poignets. Je les tourne mais ils n'ouvrent pas la porte d'un monde meilleur. A peine si en regardant le gauche je constate qu'il est 23 h. D'un jour quelconque dans ma vie quelconque où j'attends quelqu'un, quel qu'il soit. S'intéressant un tant soit peu à moi. Mais les gens n'ont pas le temps et quelque part je les comprends. De toute façon tout ça n'est rien je n'en fais pas un drame.. Cela partira avec les larmes..
‹ Avec les larmes - Fuzati. ›